Interruption temporaire

Intermède créatif

Il y a un tas de carnets vides en mon tiroir qui n’attendent que la source autonome et inépuisable de mes ancres. Mais le stylo et la feuille blanche d’internet détournent trop souvent l’avantage du papier réel. L’improvisation de ce texte, comme toute la relative spontanéité de mes rédactions de pixels ici-même est une chance pour moi et mon écriture, un lâcher-prise avec l’écrit et un abandon corrélatif des mots tordus, rendant le tout tendu. Toutefois, une idée de roman a germé en mon esprit et souhaitant m’y consacrer, je ne pourrai alimenter pleinement et régulièrement ce blog pendant l’Été.
Sous-consommation de mots, il faut se justifier.

carnet

Je vois poindre partout la démocratisation du statut d’artiste, nom devenant adjectif, si bien que le mot, complimenté, devient une injure, je jure, pour l’offensé !
Dans les ateliers, les enseignements du comment et du pourquoi, de ce qu’il faut faire pour être bon vous ajustent à vous supposer de la mouvance artistique. Les leçons du par cœur, les maîtrises spécifiques, les manières de bien faire vous en ont persuadé.
Rapin du dimanche, narrateur de votre vie, virtuose du quotidien. Bon, plaisant, aimé, distrayant, vous avez appris, lu, peut-être même payé.

Mais sauf l’idée de se croire artiste, il n’y a rien.
Il n’y a rien d’un écrivain, d’un peintre, d’un musicien. Il y a la technique, les contemporains et les mécanismes qui marchent.
Des méthodes populaires, propagées, vulgaires.
Aux antipodes, il y a les singulières et les originales abandonnées. Par manque de souffle, carence de temps, pauvreté d’idées ou disette de l’imagination, ces pensées neuves, celles qui n’existeront plus par incompréhension et lassitude, sont étouffées.

Il n’y a plus le temps de créer.

Perdue la culture sérieuse ! Le monde, l’entière population, sait, fait, prend, de manière hasardeuse, avec des trucages, l’Art pour du hasard.
L’érudition posée, réfléchie, déraisonnablement grave meure à l’opposé des acquis mineurs, des expositions ludiques, des passions éteintes ou de l’élevage intensif des maigres mots. La démocratisation des talents est un cercle concentrique, une onde oscillante a diffusion menaçante.

Le génie est en danger.

Écrire (peindre, jouer) partout, surtout sur tout, un smartphone, un logiciel, un réseau social, dans le métro, avec les enfants, la balançoire et les bavoirs, sans réflexion profonde, approfondie sur le monde dissocié et non pas sur le monde assorti à sa petite vie…est autorisé, même encensé.
Confirmation remarquable : la publier. Peut-être est-ce insensé mais soit. Le chantage de la vente est admis.
Le condamnable est d’y donner intérêt, tolérance, dignité et envie.

Se justifier.

Toutes techniques apprises me sont d’un ennui mortel et d’une déception sans nom. Elles me rendent furibonde !
Vous l’avez ou non, le style, la musique, la création. Vous l’achetez, la lisez, la compétence.
Une idée vous possède et vous cédez, ou vous la laissez mourir de fin avant qu’elle ne commence.

Chacun son ressenti mais je ne suis pas de celles qui peuvent écrire à l’envi.. .
Par chance et par cycle, le rythme me vient naturellement, la musique de la rime y étant attenante.
Mais il me faut l’appréhender, l’interpréter, habiller l’idée selon ce qu’elle a comme corps.
Cependant en construire un espace, une durée.
La création n’est pas harmonieuse, sans tâches, sans sacrifices. Il y a le crime et le châtiment du temps, en créant.
Je vais donc prendre le temps de créer à vous en délaisser, amis que je n’ai.

Car j’aspire à me sentir absorbée, possédée, folle de ce nouveau manuscrit, à être absente ici pour être présente en lui.
Que ma vie se romance, à en perdre la raison du temps et le temps d’une raison. L’obsession de la création.

Idole du paradoxe, pensée se résumant à :

« Tu n’as pas compris que l’artiste, et particulièrement l’artiste que je suis, c’est à dire celui chez qui la qualité de l’œuvre dépend de l’intensification de la personnalité, exige, pour le développement de son art, une communauté d’idées, une atmosphère intellectuelle, le calme, la paix et la solitude. »
Oscar Wilde.

theclassic

Dans ce tas de carnets vides en mon tiroir figure celui que j’ai photographié. Ligne parmi les lignes, en est sortie une idée. Bien que mes manuscrits d’ici me prennent tout de même le temps, souvent, de plusieurs après-midis de soleil, je tenais à faire éclore, délivrer peut-être, le prochain livre que vous lirez. Même si je doute que vous en soyez affectés, je m’échappe donc cet Été, vous envoyant parfois une carte postale de la Terre que vous foulez dans cet intermède, et vous dit « à la prochaine ! » dans le calme, la solitude et la paix de mon carnet.

 

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6 Comments

  1. claudine

    Chère amie,

    Que de pensées me viennent à la lecture de ton texte (provisoirement dernier)…
    Le navigateur si solitaire qu’il soit éprouve de temps à autre l’envie de mouillages dans des lieux où il peut d’une voile à l’autre correspondre via le vent avec ses alter ego (le mot me venait de congénères mais je trouve qu’il sonne mal). Et ce navigateur permet alors d’engager un dialogue imprévu ravigorant et rafraichissant, parfois émouvant tout autant. Ce fut le cas pour moi… et déjà il me manque mais je sais que nous trouverons d’autres voies moins publiques pour le continuer .
    Le navigateur si solitaire qu’il soit éprouve de temps en temps l’envie de ports où il retrouve la possibilité de confronter technique, de parler cordages et voilures, de confronter chemins et voyages imaginaires avec d’autres explorateurs, sans toutefois prendre leur routes et leurs façons de faire . Ce fut parfois le cas pour moi dans ces fameux  » ateliers  » dont tu sembles (et je respecte ton avis bien sûr) peu friante. Loin de me fondre dans une pensée unique, ils m’ont parfois permis d’ouvrir d’autres portes, de m’engager dans des tunnels qui m’effrayaient un peu, de me révèler des parties d’être que je gardais soigneusement cachées , de retrouver comme lorsque qu’ on mord dans une pomme juteuse et acide à la fois, une envie de vivre et une énergie nouvelles. Voici pour leur défense!
    Comme je suis d’accord avec toi, sur la pauvreté de la création contemporaine, sur ce côté désastreux actuel , tous artistes, tous politiques, tous tout et rien à la fois.
    Comme je me plonge avec délice dans un écrit où je ne connais que la moitié du vocabulaire employé, où les tournures m’interpellent, où je perds ma respiration dans la lecture d’une phrase …Et comme ils sont rares ces écrits…
    Alors plonge dans ton carnet, nez dans la brise laisse ta main tracer des vagues tantôt douces, tantôt tempétueuses, ouvre des voies maritîmes inexplorées et peut être un jour roulant ton écrit dans une bouteille trouvée chez un vieil antiquaire , il parviendra jusqu’à nous sur une plage échouée…et nous ravira nous tenant éveillés jusque tard dans la nuit.
    Bon vent!

    • pao

      Claudine,

      Merci pour ces métaphores maritimes et voyageuses (et encourageantes).
      Pour la défense toute légitime des ateliers, aussi. Profondément ancrée avec ton ressenti et ton individualité. Merci de l’avoir exprimé ainsi.
      J’aime assez ces tempéraments mi tempête, mi soleil.
      Pour développer ma critique sur ceux-ci, et très simplement, je suis convaincue que tout ne peut pas s’enseigner, disons de manière engagée, éreintante, emportée. Il est possible d’apprendre oui, mais d’apprendre superficiellement, avec un « animateur », en groupe. Confronter ses idées peut-être une liberté géniale à retrouver, mais sortir de la misère de « surface », je n’y crois sincèrement pas. Pour tout dire, j’ai bien l’impression que ces ateliers jouent un peu le rôle d’une psychothérapie (je n’ai rien contre, – coucou Marion ! – mais doit-elle être publique ?). Bref. Vaste sujet aussi vaste que l’océan, et je ne suis qu’au large de mes sentiments.
      (…)
      « Que celui qui tient le gouvernail de mon destin commande à ma voilure… »

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